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Dimanche 05 Février 2012

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LE TOUR DU MONDE DES LIVRES EN 80 LIGNES

LE PRIX JULES VERNE 2011 POUR 'LES SEPT PORTES DU MONDE'

Le Grand Prix Jules Verne 2011 a été décerné au roman Les Sept Portes du monde. L'Académie littéraire de Bretagne et des Pays de Loire a estimé que les aventures du Vitréen Pierre Malherbe s'inscrivaient dans l'esprit "vernien". Le livre s'est aussi vu décerner le Prix Ar Vro du Salon du Livre en Bretagne de Vannes.

En voici le Prélude:




LES SECRETS D'UN MANUSCRIT

Argentré,

Le 15 juin 1635.

Moi, Pierre Malherbe, Breton de Vitré, parfois nommé Pedro Malahierba dans les États du roi d’Espagne et de son vaste empire où j’ai vécu, ai décidé de livrer le récit de mes périples. Mes amis, mes proches, et surtout celle qui a le plus compté dans ma vie, m’y ont encouragé. Ces aventures ont duré quinze ans, soit plus de cinq mille jours, de 1593 à 1608. Le temps d’un voyage autour d’un monde à travers lequel je me suis frayé un passage par les continents. J’ai également vogué sur les océans où il m’a été donné de découvrir certaines îles avec mes compagnons. Cependant, la plupart du temps, j’ai voyagé par terre, à dos de mule, de cheval, de buffle, de chameau et d’éléphant.
J’ai longtemps hésité avant de mettre en forme ce récit, car il recèle de nombreux secrets relevant des sciences de l’alchimie et de la métallique, des arts de la cartographie, de la guerre et de l’amour, qui ne se révèlent point d’ordinaire au grand jour. Au surplus, certains grands seigneurs que j’ai rencontrés au cours de mes pérégrinations m’avaient instamment prié de garder ces secrets par-devers moi. Ils étaient renommés. C’étaient les Grands Moghols Akbar et Djahângir, le shah de Perse Abbâs, le roi de France Henri IV et celui d’Espagne, Philippe III. Aujourd’hui, ils sont tous ensépulturés et figurent dans les livres d’histoire. Ce qui n’est pas mon cas. Car, pour des raisons mystérieuses qu’il sera temps de révéler le moment venu, certaines âmes noires ont conspiré contre moi.
Cependant, j’ai sur ces rois défunts l’avantage d’être vivant. Sans doute pour peu de temps, mais Dieu, en Son infinie bonté, me laissera peut-être encore quelques mois à vivre. Je ne me considère plus lié par mon serment auprès de ces monarques. D’autant que, au moment où j’écris ces lignes, les Grands de ce monde me semblent bien petits. Ils s’entredéchirent à nouveau. L’actualité du jour ne fait que me conforter dans ma décision, puisqu’en cette année 1635, ayant signé la paix à Prague, après trente ans de batailles, voici que le roi Louis XIII déclare la guerre à son beau-frère, le roi d’Espagne Philippe IV. […]

Où sont passés le fringant bretteur, la tête brûlée, le rêveur de conquêtes et d’absolu qui se disputaient autrefois mon âme ? Et qui offraient ce corps aux plus sévères épreuves autant qu’aux plus brûlantes caresses ? Sans doute ai-je écrit ces lignes et ce manuscrit en vue de retrouver l’enfant qui gambadait jadis sur les rives de la Vilaine, le jeune hidalgo qui folâtrait près du Guadalquivir, l’apprenti mandarin qui cabotait en jonque sur le Yang-tseu-kiang, le mousquetaire errant qui remontait le Mékong, le conseiller du Grand Moghol cherchant les sources du Gange ou l’ingénieur des mines qui espérait prospecter le pays du Congo ? Je fus tout cela et bien d’autres choses en somme. Mais plus personne n’en saura rien à moins de lire ce manuscrit. Je gage que ces centaines de feuilles ne s’égareront point et que, grâce à ceux à qui je les confie, si cela est possible, elles traverseront le temps. Mieux encore, qu’elles prendront un jour la forme d’un livre.
Je suis à la veille de larguer les amarres pour le Grand Départ. Il n’est pas question d’affronter une fois de plus les flots et les tempêtes, de repousser les appels séduisants des sirènes et les malédictions des forces monstrueuses qui cherchent à entraîner notre monde au plus profond des abysses, de faire front aux barbaresques et aux pirates des mers australes, aux cavaliers du désert, aux bandits des montagnes, ni de découvrir de nouveaux trésors.
Je sais bien que de ce voyage-là je ne reviendrai point. Aussi m’a-t-il semblé bon de coucher sur le parchemin, d’une plume aussi alerte que me le permettait le poids des ans, ces récits extraordinaires et pourtant véridiques. Si Dieu m’accorde ce privilège, je laisserai sur terre quelque petite trace que nulle tempête n’aura effacée. J’aurais ainsi permis de faire connaître les mondes lointains et cachés tels qu’ils furent et que je les ai visités de mon temps.
La version de mon récit, celui que je dépose délicatement dans le creux de tes mains, ami en pourpoint ou maîtresse en vertugadin, révèle ces choses sidérantes. J’espère que tu les croiras vraies comme je les ai vues et vécues. Que tu les raconteras à d’autres. De sorte qu’un jour lointain un esprit qui me veut du bien et respecte ce que je fus puisse vérifier mes dires et les fasse connaître, depuis les premiers jours de ce voyage que j’ai commencé, il y a plus de soixante ans, dans une ville fortifiée de cette Bretagne où je suis retourné, à quelques lieues de l’endroit où je signe ces lignes.


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