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JAMES CONNOLLY ET LE MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE IRLANDAIS


« La pensée de James Connolly, le Jaurès irlandais, n’a rien perdu de sa fraîcheur.
Quelles sont donc les raisons qui valent de le découvrir au-delà de l’Île d’Émeraude ? D’abord, la question irlandaise, dont il appelait de ses vœux une solution qui respecte autant le peuple nationaliste de toute l’île que la communauté loyaliste des six comtés d’Ulster, est en voie de résolution. Au moment où j’écris ces lignes, l’Armée républicaine irlandaise (IRA), fondée par Connolly et ses amis, vient de décider un nouveau cessez-le-feu pour négocier avec le nouveau gouvernement travailliste de Tony Blair.
Tous les thèmes évoqués par Connolly sont réunis : le problème de la partition de l’Irlande ; la nécessaire solidarité entre Protestants et Catholiques si l’on veut résoudre le problème ; le rejet par le mouvement travailliste et syndical britannique d’un chauvinisme héritier de la période coloniale ; la question sociale qui revient plus que jamais sur le tapis même dans cette Irlande du Sud dont on nous dit qu’elle devient un « tigre celtique ». Car ce décollage économique se réalise au profit de qui ? Aux dépens de qui ?


C’est dans un contexte de la construction européenne que se profile la solution irlandaise, singulièrement au moment où le
« Royaume-Uni » se désagrège définitivement. Je ne veux pas juste parler de la chute de la maison Windsor qui aurait fait plaisir à Connolly qui organisa une manifestation monstre contre le jubilé de la reine Victoria en 1897…
Un siècle après en 1997, Hong Kong n’a pas été rendu aux Chinois de Pékin, que les soldats écossais que j’ai vus stationnés à l’île Victoria sont rentrés au bercail et doivent participer au référendum sur l’avenir de leur Écosse et de son Parlement. J’ai couru à Édimbourg où Connolly avait fait ses premières armes de syndicaliste, pour me rendre compte de visu, à l’été 1997, que rien ne sera plus comme avant. Mais là encore, les réflexions de Connolly sur l’autonomie des petites nations, la renaissance culturelle du gaélique, la nécessaire fusion entre les traditions dynamiques et les nouvelles technologies sont pertinentes.

Le gros avantage, c’est que depuis l’effondrement du mur de Berlin, une réévaluation historique des courants qui ont traversé le mouvement socialiste à travers le XXème siècle joue pas en faveur du fondateur du Parti socialiste irlandais. Si l’on en croit tous les témoignages, le militant et le penseur alliaient une rigueur de travail à une bonne humeur, un sens de l’humour, une convivialité qui était tout le contraire de la rigidité doctrinaire et d’un marxisme figé. L’hypothèque stalinienne étant levée, on redécouvre à travers le monde – à commencer par la Russie – des personnages qui semblaient être les grands perdants de l’Histoire parce qu’ils avaient été écrasés entre le marteau et l’enclume de deux systèmes – capitaliste ou socialiste – tout aussi déshumanisés. À l’ouest, Connolly était de ceux-là.

Quelques mois seulement après que les armes se soient tues dans l’ex-République yougoslave, la façon dont Connolly envisageait la question nationale, les problèmes des minorités et des nationalismes restent totalement d’actualité dans un débat
brûlant : le nationalisme doit-il forcément mener au carnage, aux luttes fratricides ou doit-il au contraire développer le respect de la différence, la richesse culturelle autonome et décentraliser un centralisme étouffant.

On trouvera beaucoup d’éléments de réponses à ces questions, me semble-t-il, dans la façon dont James Connolly envisageait les rapports entre les communautés nationales, les minorités culturelles et religieuses, le rôle émancipateur de la femme. C’est une approche fraternelle du monde qui a guidé les pas de ce syndicaliste et tribun socialiste et ce message mérite d’être relu.»

Roger Faligot
Édimbourg, juillet 1997



15 septembre 1997
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