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Les mafias chinoises qui forment "l'empire invisible", tel que l'appellent les experts canadiens du crime organisé, sont devenues les leaders mondiaux du trafic d'héroïne et des falsifications de cartes de crédits. Les multiples alliances que les triades chinoises passent depuis quelques années, aussi bien avec les yakuzas japonaises que les mafias russes, leur permettent d'étendre leur influence à travers le monde entier, en s'appuyant partout sur les communautés chinoises émigrées. Bien plus, l'important exode rural auquel sont confrontées les grandes villes chinoises et l'ouverture au capitalisme sauvage de la Chine populaire, font que des triades créées à l'étranger reviennent de plus en plus s'implanter en Chine où elle trouvent un vivier humain sans limites et une classe politique de plus en plus sensible à la corruption. Dans son dernier livre, "L'empire invisible: les mafias chinoises" (Editions Philippe Picquier à Arles, ISBN: 2-87730-266-0), le journaliste français Roger Faligot décrit en détail l'organisation des triades, livrant les noms, les organigrammes, les "marchés" sur lesquels elles se livrent une concurrence redoutable et passent des alliances multiformes avec leurs homologues locales.
Spécialiste des services de renseignement et du monde asiatique - il a publié en 1987 "Kang Sheng et les services secrets chinois (1927-1987)" -, Roger Faligot a rendu visite aux communautés chinoises de Montréal, Hongkong, Tokyo, Londres et d'autres grandes villes pour rédiger cet ouvrage qui a été édité au Japon l'an dernier (chez Kobunsha, Tokyo). Il explique ainsi que "c'est d'un nouveau triangle Japon-Chine-Colombie qu'est née la coopération entre yakuzas et triades: les cartels colombiens produisent la cocaïne. Les Chinois la leur échangent contre de l'héroïne qu'on peut ensuite infiltrer aux USA. Les triades introduisent la cocaïne au Japon et la disséminent dans l'archipel avec l'aide des yakuzas. Et c'est ensuite en Europe que les mafias asiatiques s'entendent pour blanchir l'argent de cette drogue". Un tel mécanisme a été notamment mis en lumière lors de l'arrestation en 1992 à Paris de 120 Asiatiques (dont des Japonais et des Chinois) qui blanchissaient de l'argent de la drogue en achetant des produits de luxe (Vuitton, Hermès) destinés à être revendus au Japon.